Centres Commerciaux Français : Transformation, pas Déclin
7 millions de visiteurs français par jour. Fréquentation en hausse de 0,6 % en 2025. Klépierre à 97 % d'occupation. Le récit de la mort des centres commerciaux est faux.

Si vous avez suivi l'actualité économique ces cinq dernières années, vous avez sans doute lu une version de « La mort des centres commerciaux ». Des photos dramatiques de food courts abandonnés. Des histoires d'enseignes phares en fuite. Des prédictions d'apocalypse du commerce de détail.
Il y a juste un problème : les données françaises racontent une tout autre histoire.
Les vrais chiffres
Selon la FACT (Fédération des Acteurs du Commerce dans les Territoires), la fréquentation des centres commerciaux français a progressé de 0,6% en 2025. Cela peut sembler modeste, mais replacé dans son contexte : la consommation des ménages en France a reculé de 0,9% sur la même période. Les centres commerciaux ont en réalité surperformé l'indice national de consommation - comme chaque année depuis la reprise post-pandémie.
Chaque jour, près de 7 millions de consommateurs français franchissent les portes d'un centre commercial. Sept Français sur dix en visitent un au moins une fois par mois. Et 89% de la population a visité un centre commercial au cours des douze derniers mois, selon Arcane Research.
Ce ne sont pas les chiffres d'une industrie mourante.
Le leader européen se porte très bien
Regardons Klépierre, le plus grand opérateur de centres commerciaux d'Europe, avec une focalisation exclusive sur l'Europe continentale. Leurs résultats annuels 2025 dressent un tableau éloquent :
- +5% - croissance des bénéfices (EBITDA à 1,12 milliard d'euros)
- +9% - hausse de la valeur nette d'inventaire
- 97% - taux d'occupation de pointe dans leur portefeuille européen (S1 2025)
- +3,4% - croissance des ventes à périmètre comparable - le double des indices nationaux
- +1,8% - hausse de la fréquentation d'une année sur l'autre
Leur portefeuille de 21,2 milliards d'euros comprenant plus de 70 centres en France, Italie, Espagne, Scandinavie et aux Pays-Bas ne survit pas seulement. Il affiche des performances record. La Santé & Beauté a porté la croissance sectorielle à +6,7%, tandis que des enseignes internationales comme Primark, Rituals et Aroma Zone s'étendent activement sur les propriétés Klépierre.
D'où vient donc le récit de la « mort » ?
La confusion vient du mélange de deux tendances très différentes. Les centres de catégorie A dans des emplacements de premier ordre prospèrent. Les propriétés comme celles de Klépierre, axées sur les grandes métropoles avec de bons accès en transports, affichent des résultats historiques. Pendant ce temps, les centres de gamme intermédiaire en difficulté se consolident. La vacance commerciale en France a atteint 10,6% dans certaines zones, et la fréquentation du commerce de centre-ville a reculé de 2,9% en 2025.
Le résultat est une polarisation, pas un effondrement. Et cette polarisation crée des opportunités.
Ce qui change en France
Les centres qui gagnent partagent trois caractéristiques :
1. Ce sont des destinations d'expérience, pas seulement des centres commerciaux. Les propriétés intégrant des composantes entertainment et loisirs affichent 25% de fréquentation en plus et 22% de temps de visite supplémentaire. La part du prêt-à-porter dans le chiffre d'affaires est passée de 34% (2000) à 29% (2023), tandis que culture, sport, loisirs et restauration représentent désormais près de 20% du mix marchandises.
2. Ils offrent ce que l'e-commerce ne peut pas reproduire. Le commerce physique conserve un avantage de conversion massif : 20 à 40% en magasin contre 1 à 3% en ligne. Et voici un paradoxe révélateur : au T4 2025, le trafic des sites e-commerce a progressé de 1,1% tandis que les revenus chutaient de près de 15%. Les consommateurs se renseignent en ligne mais achètent en personne.
3. Ils s'adaptent à la réalité réglementaire. La loi française « Zéro Artificialisation Nette » (ZAN) a essentiellement stoppé la construction de nouveaux centres. Les ouvertures ont été divisées par deux par rapport aux cadences historiques. Les opérateurs avisés rénovent et réinventent les espaces existants - plutôt que d'en construire de nouveaux.
L'opportunité pour les opérateurs de centres commerciaux français
Voici l'insight stratégique : les centres de gamme intermédiaire sous pression sont plus ouverts que jamais aux partenariats innovants. Ils ont besoin de différenciation. Ils ont besoin de générateurs de trafic. Ils ont besoin de solutions qui ne nécessitent pas 1,5 million d'euros de construction et 18 mois de mise en œuvre.
C'est exactement là que les expériences gamifiées s'intègrent. Les chasses au trésor en réalité augmentée, les parcours narratifs interactifs et les défis géolocalisés peuvent se déployer en quelques semaines, pas en années - transformant l'attrait d'un centre sans transformer son infrastructure physique. Et dans les contraintes du ZAN, ce n'est pas seulement pratique. C'est essentiel.
Conclusion
Les centres commerciaux français ne meurent pas. Les ennuyeux, oui. Les données sont claires : 7 millions de consommateurs par jour, 89% de portée annuelle, et le plus grand opérateur européen affichant des bénéfices record.
Les gagnants de la prochaine décennie ne seront pas les centres avec le plus grand nombre d'enseignes. Ce seront ceux qui maîtrisent l'art de transformer une visite en aventure.
Sources : FACT Bilan 2025 ; Résultats annuels 2025 de Klépierre ; Cushman & Wakefield France 2025 ; Arcane Research 2025